Tout ce qu’on retiendra de M. Legault, c’est qu’il aura été l’un des premiers ministres les plus dépensiers de l’histoire récente (et ce, même en faisant abstraction de la COVID) alors même que l’État québécois était déjà très large relativement à l'économie. Dans mon palmarès fiscal des premiers ministres québécois (sorti en 2022), M. Legault se classait au 12ᵉ rang sur 14 pour la discipline budgétaire, derrière Lesage et Bourassa (premier règne). Une mise à jour le place au 13ᵉ rang (ex aquo avec Bourassa) si on ajoute les années les plus récentes. La comparaison est en fait biaisé en sa faveur : Lesage et Bourassa ont élargi l’État alors qu’il était encore modeste — sous les 10 % du PIB pour Lesage et sous les 15 % pour Bourassa. M. Legault, lui, a accru la taille de l’État alors que celui-ci dépassait déjà les 24 % du PIB. Finalement, certains souligneront que le Québec a rattrapé un peu l'Ontario -- oui et non. Le Québec a rattrapé parce que l'Ontario a ralenti. Relativement au ROC moins l'Ontario, le Québec stagne pas mal. Ajusté pour le coût de la vie (qui jouait avant en faveur du Québec) et pour la taille des ménages (afin de comparer des adultes équivalents), le rattrapage sous son règne ne semble pas exister. Je rajoute un truc. En 2023, au Trio économique, on avait interviewé Phillipe Couillard pour parler seulement de sa politique fiscale (notamment sur la soi-disante austérité -- qui n'a jamais eu lieu). Ce que M. Couillard avait souligné c'est qu'il était retourné à l'équilibre simplement en augmentant les dépenses totales à la même vitesse que l'inflation + la croissance de la population. Ainsi, les dépenses réelles par personne sont restées stables sous son règne. Si le maintenant ex-premier ministre Legault avait suivi la politique de M. Couillard en 2022 (voir troisième image), le Québec reviendrait cette année à un État qui aurait la même taille qu'avant la pandémie. Au lieu, on a un État qui est devenu marginalement plus petit qu'au sommet de la pandémie. À toutes fins pratiques, son règne aura été un étrange collage : des politiques fiscales dignes de QS, des politiques identitaires rappelant la PQ, un comportement pro-business (mais non pro-marché) et un nationalisme économique emprunté tantôt au PLQ, tantôt au PQ, saupoudrés ici et là de réflexes socialement conservateurs. Le résultat: un mélange profondément incohérent, frôlant la schizophrénie en matière de gouvernance.